dimanche 20 novembre 2011

Humeur du jour

"Quoi, quoi, quoi? Pourquoi on est acteur, hein? On est acteur parce qu'on ne s'habitue pas à vivre dans le corps imposé, dans le sexe imposé. Chaque corps d'acteur c'est une menace, à prendre au sérieux, pour l'ordre dicté au corps, pour l'état sexué ; et si on se retrouve un jour dans le théâtre c'est parce qu'il y a quelque chose qu'on n'a pas supporté. Dans chaque acteur il y a, qui veut parler, quelque chose comme du corps nouveau. Une autre économie du corps qui s'avance, qui pousse l'ancienne imposée." 
V.NOVARINA
 
photo prise à la Tabacalera, Embajadores, Madrid

mercredi 9 novembre 2011

Voyage interne vers sa propre neutralité




Sensation de brutalité
propulsé, projeté, sans pouvoir ni vouloir reculer
dans un groupe
dans une ambiance
dans un travail déjà bien établi.

Mais en même temps impression de grandeur, enthousiasme, curiosité
il y a comme quelque chose de sacré qui se passe quand un comédien revêt un masque pour la première fois....

très peu d'explication
on nous raconte les étapes
on nous montre les gestes

puis on est seul sur le plateau à réaliser ce premier voyage qui nous paraît interminable...


« Le masque neutre est un masque unique, il est le masque de tous les masques. » J.Lecoq


En interprétation gestuelle, le travail de l'acteur est abordé en 3 axes importants : la rigueur et l'endurance corporelle, l'énergie du comédien et l'imaginaire à la base de la créativité. Depuis un mois, nous utilisons le masque neutre pour développer notre imaginaire d'acteur. Né de la rencontre entre Jacques Lecoq et le célèbre sculpteur italien Amleto Sartori en 1948, le masque neutre est le point central de la pédagogie Lecoquienne. C'est un masque purement de travail (contrairement aux masques de commedia qui sont aussi employés dans les spectacles) conçu pour faire prendre conscience à l'acteur de la théâtralité de son corps.




À travers des exercices sur les éléments de la nature, la recherche de la neutralité, l'acteur apprend à se débarrasser de ses gestes parasites quotidien, ou du moins à en prendre conscience. Jacques Lecoq considère que le travail du masque neutre est un appui pour le passage à tous les autres masques.



Un bon masque neutre est très difficile à réaliser, fabriqué en cuir, il doit représenter un état d'équilibre, de calme, sans expression particulière. Il est important de conserver une distance entre le visage et le masque car c'est avec cette distance que l'acteur peut réellement jouer.



« Lorsque l'élève aura ressenti cet état neutre de départ son corps sera disponible, telle une page blanche sur laquelle pourra s'inscrire l'écriture du drame. » J.Lecoq



Dès la première semaine de cours, nous avons été confrontés au masque neutre. Etant donné que ce n’est qu’un cour de rattrapage pour les élèves de la RESAD, il s’agit bien d’une “confrontation” et non d’une “familiarisation” pour nous étudiants ERASMUS, tant la nécessité d’assimiler rapidement le contexte est grande. Durant notre premier cour nous avons appris les différentes étapes du “voyage du masque neutre” (viaje de la mascarà neutra) ou nommé par Jacques Lecoq, le voyage élémentaire.



Ce voyage est construit en 7 étapes dont voici la consigne :

Sortez de la mer, traversez la plage, entrez dans la forêt et cherchez la sortie, à la sortie de la forêt vous vous trouvez face à la montagne que vous escaladez, en descendant de la montagne vous traversez un fleuve, maintenant vous marchez paisiblement dans la plaine, vous traversez le désert et pour finir vous regarder le soleil se coucher.


Chaque étape est accompagnée d'une manière particulière de prendre l'espace et de se mouvoir. La difficulté de l'exercice consiste à faire percevoir aux spectateurs les changements de terrains que le masque traverse ( terrain sablonneux, rocailleux, en pente...), d'environnement (changement de température...) mais aussi être créateur d'images précises.


« Le masque neutre développe essentiellement la présence de l'acteur à l'espace qui l'environne. Il le met en état de découverte, d'ouverture, de disponibilité à recevoir. » J.Lecoq


Le voyage élémentaire ne doit pas rester un simple périple géographique. Il ne s'agit pas de raconter une histoire avec son corps, il faut être l'histoire, ne pas jouer à demi mais être entier avec ce que l'on montre. Le masque neutre n'est en aucun cas un personnage (« no hay dudo en la mascarà neutra, porque la mascarà neutra no es un personaje. La mascarà ve y va directamente. » Ana Vasquez de Castro). On ne peut pas lui attribuer nos codes de comportement humain, il faut alors se séparer de notre maniérisme, notre corps quotidien. Le masque neutre s'apparenterait davantage à une éponge, absorbant avec son corps le sujet pour le recracher sur le plateau. Ainsi quand l'acteur est dans la mer au début du voyage, il doit prendre corps avec la mer jusqu'à devenir celle-ci, trouver quelle est la mer qu'il porte en lui, quel est son rythme, comment elle respire... Le travail ne part donc pas uniquement d'une image mentale mais aussi de sensations, de souvenirs corporels que l'acteur porte en lui.



Théoriquement cela peut paraître évident mais en pratique la difficulté est grande, car tout en gardant en mémoire les consignes, les conseils et ses propres images, on se perd très souvent dans un voyage purement mécanique, technique (encore faut il l'avoir acquise), dénué de sentiment, d'émotion.

Le masque neutre nécessite la maîtrise d’un juste équilibre entre la retransmission sur le plateau de ce que je vais appeler le schéma (la forme et la technique) et un lâcher prise de la part de l'acteur (s'échapper d'un travail mentaliste, trop réfléchi) afin d'aller vers une écriture du présent. Pour Jacques Lecoq, le voyage élémentaire est la préparation à son travail d'identification (travail sur l'identification aux éléments, la prochaine étape).


« On entre dans le masque neutre comme dans un personnage, avec la différence qu'il n'y a pas ici de personnage mais un être générique neutre. » J.Lecoq



dans l'impulsivité
on se découvre
on voit comment notre corps réagit, se défend...